Le ski de randonnée fait rêver : traces vierges, silence, grands espaces… et sur Instagram, tout a l’air simple. Sur le terrain, autour de Serre Chevalier, c’est un peu plus subtil. On peut se faire vraiment plaisir dès la première sortie, à condition de respecter quelques règles, de choisir les bons itinéraires et de ne pas brûler les étapes.
Voici un guide très concret pour débuter le ski de rando autour de Serre Chevalier en restant serein, que vous veniez en famille sportive, entre copains ou en solo pour découvrir.
À qui s’adresse vraiment le ski de rando ?
Avant de parler peaux de phoque, commençons par le niveau nécessaire. Pour une première sortie autour de Serre Chevalier, il est raisonnable de :
- Maîtriser le ski sur piste rouge en station, en toutes neiges (neige dure, trafolée).
- Être à l’aise avec les virages parallèles, voire quelques dérapages contrôlés en pente un peu raide.
- Avoir une condition physique correcte : être capable de marcher 2 à 3 heures en montée sans être épuisé.
Si vous skiez seulement une semaine par an sur pistes bleues et que le hors-piste vous fait peur, mieux vaut :
- Commencer par un cours « hors-piste / initiation rando » avec un moniteur ou un guide.
- Ou tester une sortie courte type itinéraire balisé / rando encadrée proposée par les écoles de ski de Serre Chevalier.
En revanche, si vous pratiquez régulièrement le ski, que vous aimez marcher, et que vous n’êtes pas obsédé par la performance, le ski de rando débutant est largement accessible. L’objectif : 400 à 600 m de dénivelé pour une première sortie, pas plus.
Matériel : quoi louer (et où) pour ne pas se tromper
Bonne nouvelle : pour débuter, pas besoin d’acheter tout de suite. À Serre Chevalier, plusieurs magasins de ski louent du matériel de rando. En pratique, pour une journée :
- Skis de randonnée : plus légers que les skis de piste, avec fixations spécifiques (type Low Tech ou hybrides).
- Chaussures de rando : avec mode « marche » et insert Low Tech à l’avant.
- Peaux de phoque : adaptées à la taille des skis, à coller sous la semelle pour la montée.
- Couteaux : utiles sur neige dure en montée.
- Pack sécurité avalanche (DVA, pelle, sonde) : indispensable dès qu’on quitte les pistes sécurisées.
Idéalement, passez au magasin la veille pour :
- Faire régler les fixations à votre poids et à votre pointure.
- Tester le fonctionnement du mode marche / ski.
- Demander rapidement comment mettre / enlever les peaux (geste à prendre en main au calme, pas dans le vent au col du Lautaret).
Côté budget, comptez en moyenne :
- Entre 35 et 50 € la journée pour le pack ski + peaux + chaussures.
- Environ 20 à 25 € pour le pack DVA + pelle + sonde.
Astuce terrain : partez avec un petit ruban adhésif type gaffer dans le sac. En cas de peau qui se décolle mal ou d’attache qui fatigue, ça peut sauver la journée.
Choisir ses premières sorties autour de Serre Chevalier
Le Briançonnais et la vallée de la Guisane offrent énormément d’options, mais tout n’est pas adapté pour débuter. Voici quelques zones et idées d’itinéraires typiques, avec l’esprit et le niveau, sans tracer de topos complets (pour ça, appuyez-vous sur un guide ou un topo dédié).
Zone col du Lautaret : le grand classique pour s’initier
Le col du Lautaret (environ 2050 m, accessible en voiture depuis Serre Chevalier, sauf conditions particulières) est un excellent terrain pour débuter :
- Relief doux sur certains versants, avec des pentes globalement modérées.
- Environnement ouvert : on voit bien où l’on va, rassurant pour un premier contact.
- Nombreux itinéraires de 400 à 600 m de dénivelé : parfait pour une demi-journée active.
Typiquement, une sortie débutant dans ce secteur, encadrée par un pro, ressemblera à :
- Départ entre 9h et 9h30 du col, le temps que le soleil réchauffe un peu.
- Montée de 1h30 à 2h30 selon le groupe, avec une pause toutes les 30 à 40 minutes.
- Picnic léger au sommet ou un peu en dessous, selon le vent.
- Descente tranquille, retour à la voiture entre 13h et 15h.
Important : le Lautaret reste un milieu montagnard non sécurisée. Les risques d’avalanche y existent, même sur des pentes qui « paraissent faciles ». Donc :
- Jamais sans DVA, pelle, sonde.
- Jamais sans avoir regardé le bulletin avalanche Météo France (BRA) pour le massif des Écrins / Pelvoux.
- Et pour une première fois, idéalement, avec un guide ou un moniteur.
Autour de Serre Chevalier : rando depuis la station
Si vous logez dans la vallée, vous pouvez aussi envisager des itinéraires mélangeant remontées mécaniques et petites montées en peaux, une bonne transition entre le ski de piste et la rando.
Deux options fréquentes pour un premier contact :
- Utiliser les remontées le matin pour se chauffer les jambes, puis faire une courte rando en début d’après-midi à partir d’un point haut de la station (zone à définir avec un pro, selon le niveau et les conditions).
- Participer à une « sortie découverte » organisée par une école de ski ou un bureau des guides : souvent 300 à 500 m de dénivelé, 2 à 3 heures, rythme débutant.
Avantages :
- Logistique simple : pas besoin de prendre la voiture loin.
- On reste dans un environnement qu’on connaît déjà (la station) tout en franchissant la barrière « hors-piste ».
- Ambiance plus rassurante pour une première fois en famille.
En pratique, comptez une demi-journée, de préférence en dehors des heures de pointe des remontées (départ vers 11h ou 13h, selon la formule).
Faut-il absolument un guide pour débuter ?
La réponse honnête : si vous n’avez aucune expérience du ski de rando ni des avalanches, oui, c’est fortement recommandé pour les premières sorties autour de Serre Chevalier.
Pourquoi ? Parce qu’un professionnel gère pour vous :
- Le choix de l’itinéraire adapté au niveau du groupe et au risque du jour.
- Le timing (heure de départ, exposition au soleil, qualité de neige).
- La sécurité : lecture du terrain, distances dans le groupe, zones à éviter.
- L’initiation aux manips : DVA, peaux, conversions, réglages.
Sur une sortie journée débutant, on prend généralement le temps de :
- Faire un exercice DVA simple en début de sortie (recherche d’un appareil caché dans la neige).
- Apprendre à monter en peaux avec un rythme régulier, sans se mettre dans le rouge.
- Réviser les conversions en pente un peu plus raide, là où on ne « trace » plus tout droit.
Côté tarif, il faut compter en moyenne :
- Entre 80 et 120 € par personne la journée en collectif (groupe de 4 à 8 personnes, selon structure).
- Possibilité de sorties privées pour les familles ou groupes d’amis, avec tarif global à partager.
Est-ce possible sans guide ? Oui, à condition :
- D’être au minimum deux avec de l’expérience montagne dans le groupe.
- De maîtriser l’utilisation du DVA, pelle, sonde avant la sortie.
- De rester sur des itinéraires très fréquentés, courts, et adaptés aux conditions du jour.
Mais pour une vraie première initiation sereine, l’encadrement reste un investissement très rentable.
Gérer l’effort et le mental : le vrai secret d’une bonne première sortie
Le piège classique de la première sortie de ski de rando, ce n’est pas la technique, c’est la gestion de l’effort. Quelques repères réalistes pour débuter autour de Serre Chevalier :
- Dénivelé raisonnable : 400 à 600 m de montée, soit environ 2h à 3h d’effort tranquille.
- Rythme : pouvoir discuter en montant sans être essoufflé. Si vous ne pouvez plus parler, vous êtes trop vite.
- Pauses : courtes mais régulières, toutes les 30 à 45 minutes.
Côté alimentation, on oublie le gros repas avant de partir :
- Petit-déjeuner consistant mais digeste (pain, céréales, fruits, boisson chaude).
- Grignotage pendant la montée : fruits secs, barres de céréales, petits morceaux de fromage ou de jambon.
- Boisson : au moins 1 litre par personne (gourde ou poche à eau). Par météo froide et sèche, on se déshydrate très vite sans s’en rendre compte.
Sur le plan mental, dites-vous que :
- Ce n’est pas une compétition : l’objectif, c’est de prendre des repères, pas de « faire un gros sommet ».
- Il vaut mieux raccourcir la sortie si quelqu’un fatigue que forcer tout le monde.
- Arriver frais en haut, c’est aussi se garder de l’énergie pour profiter de la descente.
Sécurité avalanche : le minimum à savoir avant de partir
On pourrait en faire un livre, mais pour une première initiation autour de Serre Chevalier, retenez au moins ces règles de base :
- Toujours consulter le bulletin avalanche (BRA) la veille et le matin même.
- Éviter les pentes raides et engagées : rester sur des pentes douces, adaptées à votre niveau.
- Ne jamais partir sans DVA, pelle, sonde, et savoir s’en servir.
- Garder des distances de sécurité à la montée comme à la descente : on ne skie pas tous les uns sur les autres dans une pente suspecte.
- Renoncer ne sera jamais une erreur : faire demi-tour fait partie du ski de rando, même quand la météo est belle.
Si vous débutez, une sortie encadrée sera aussi l’occasion de voir comment un professionnel lit le terrain, observe les couches de neige, et adapte l’itinéraire. C’est de là que vient la vraie « sérénité » en montagne : pas d’un matériel miracle, mais de l’expérience.
Comment organiser un week-end d’initiation à Serre Chevalier
Pour optimiser un court séjour, voici un déroulé réaliste sur 2 jours, testé et approuvé par plus d’un groupe débutant.
Jour 1 : remise en jambes et premiers repères
- Matin : ski de piste à Serre Chevalier pour vérifier le niveau de tout le monde, s’habituer à la neige du moment.
- Début d’après-midi : passage en magasin pour louer le matériel de rando pour le lendemain (skis, chaussures, peaux, pack sécurité).
- Fin d’après-midi : petite séance « manip » à l’hébergement : mise des peaux, passage marche/ski sur les chaussures et fixations, allumage du DVA.
- Soir : briefing avec le guide ou le moniteur si vous êtes encadrés (lieu de rendez-vous, horaire, dénivelé prévu, météo).
Jour 2 : sortie initiation
- Petit-déjeuner vers 7h30–8h, départ en voiture pour le point de départ (par exemple col du Lautaret ou un point haut de la station).
- Vers 9h–9h30 : vérification des DVA, test de recherche rapide, ajustement du matériel.
- Montée de 2h à 3h maximum, pauses régulières.
- Picnic, descente, retour en vallée vers 14h–15h.
- Retour du matériel en magasin dans l’après-midi.
Période idéale pour ce programme :
- De mi-janvier à fin mars pour un bon compromis enneigement / stabilité du manteau neigeux / durée du jour.
- En dehors des plus gros week-ends de vacances scolaires si vous voulez être plus tranquilles sur les routes et dans les magasins.
Côté hébergement, privilégiez si possible :
- Un hôtel ou une location proche des remontées, pour limiter les trajets le premier jour.
- Un endroit avec un local à skis chauffé ou au moins abrité (manipuler les peaux dehors par –10°C au petit matin, ce n’est pas l’idéal pour débuter).
Derniers conseils pour une première expérience réussie
Pour terminer, quelques petits détails qui font la différence sur le terrain :
- Vêtements : privilégiez le système « oignon » (couches superposées) plutôt qu’une grosse doudoune. En montée, on a rapidement chaud.
- Gants : une paire fine pour la montée (où l’on transpire) et une paire plus chaude pour la descente.
- Casque : oui, on peut le garder en rando, surtout en descente, sans problème.
- Sac à dos : 25 à 30 L suffisent largement pour une journée débutant. Vérifiez qu’il a des sangles pour fixer les skis au cas où.
- Téléphone chargé : avec numéro des secours en montagne (112) en tête. Ne comptez pas uniquement sur la batterie à 8 % en fin de journée.
- Humilité : la montagne sera toujours là demain. Si vous ne le sentez pas, si le temps tourne, si quelqu’un est mal, on redescend.
Autour de Serre Chevalier, le ski de randonnée a l’avantage de proposer des terrains variés, du très accessible au très engagé. En commençant par les bons itinéraires, avec les bons partenaires et un encadrement adapté, vous posez des bases solides. Et vous verrez qu’au bout de deux ou trois sorties, ce qui paraissait compliqué – mettre les peaux, faire une conversion propre, lire un bulletin avalanche – deviendra vite une routine… avec, en prime, la satisfaction de tracer vos propres lignes face aux sommets du Briançonnais.
