skier a la grave depuis serre chevalier : comment organiser cette escapade freeride mythique

skier a la grave depuis serre chevalier : comment organiser cette escapade freeride mythique

Depuis Serre Chevalier, on la regarde souvent de loin, cette grande pyramide blanche au fond de la vallée : La Meije. Et juste à ses pieds, La Grave, ce téléphérique mythique qui fait rêver tous ceux qui aiment sortir des pistes. Mais entre l’image de carte postale et une vraie journée de ski là-bas, il y a un pas important : l’organisation. Depuis Serre Chevalier, est-ce vraiment faisable sur une journée ? Qui peut y aller sans se mettre au taquet (ou en danger) ? Et comment optimiser cette escapade freeride pour en profiter vraiment ?

Voici un guide très concret pour préparer une journée à La Grave en partant de Serre Chevalier, avec des temps de trajet réalistes, des conseils sécurité et quelques itinéraires types pour ne pas vous retrouver « paumés dans le mythe ».

La Grave depuis Serre Chevalier : bonne ou mauvaise idée pour vous ?

On va être clair tout de suite : La Grave n’est pas une extension hors-piste de Serre Chevalier. C’est de la haute montagne, non damée, non sécurisée (au sens « station » du terme), sans balisage classique. Il n’y a quasiment pas de pistes au sens habituel du mot.

Pour que ce soit une bonne idée, il faut :

  • Être à l’aise sur toutes les pistes noires de Serre Chevalier, même en neige difficile.
  • Avoir déjà skié hors-piste, au minimum sur des itinéraires proches des pistes.
  • Accepter l’idée que la journée dépendra beaucoup des conditions nivo-météo… et du guide.

Pour une première fois :

  • Évitez d’y aller en autonomie si vous ne connaissez pas du tout le terrain.
  • Privilégiez un guide de haute montagne ou un moniteur très habitué à La Grave.
  • Oubliez le mode « je suis bon en piste, ça va passer » : à La Grave, ça ne passe pas toujours.

En revanche, si vous cochez ces cases, aller à La Grave depuis Serre Chevalier peut devenir la journée la plus marquante de votre séjour. Dénivelés longs, ambiance glaciaire, silence, vues incroyables sur La Meije… Rien à voir avec un tour de plus sur l’Yret.

Y aller depuis Serre Chevalier : voiture ou navette ?

La Grave est située de l’autre côté du col du Lautaret. Depuis Serre Chevalier, vous avez deux options principales.

Option 1 : en voiture

C’est la solution la plus souple, surtout si vous partez tôt et rentrez tard.

Temps de trajet (hors conditions extrêmes) :

  • Briançon – La Grave : environ 50 minutes à 1 h.
  • Chantemerle / Villeneuve – La Grave : environ 40 à 50 minutes.
  • Monêtier-les-Bains – La Grave : environ 35 à 45 minutes.

À prendre en compte :

  • Équipements neige obligatoires (neige fréquente au Lautaret, vent, route parfois verglacée).
  • Départ conseillé : vers 8 h de Serre Chevalier pour viser la première benne ou presque, surtout les week-ends et vacances scolaires.
  • Parking : gratuit, juste au pied du téléphérique de La Grave, mais il se remplit vite les jours de grosse poudre.

En pleine saison hivernale, la route est généralement bien dégagée, mais il arrive que le col du Lautaret ferme en cas de risque d’avalanches ou de tempête. Vérifiez systématiquement :

  • l’info trafic (Inforoute 05),
  • le bulletin météo montagne,
  • le bulletin d’avalanches (BRA Isère / Oisans).

Option 2 : en navette / transport

Selon les saisons et les périodes, des navettes peuvent être mises en place entre Serre Chevalier et La Grave (ou via Briançon). Les horaires et fréquences varient beaucoup : mieux vaut vérifier directement auprès de l’office de tourisme ou des remontées mécaniques quelques semaines avant votre venue.

Avantages :

  • Pas de conduite sur route de montagne en conditions parfois délicates.
  • Retour plus serein si la journée a été longue… ou bien remplie.

Inconvénients :

  • Horaires fixes (vous adaptez votre journée aux bus, pas l’inverse).
  • Moins pratique si vous êtes en groupe avec beaucoup de matériel.

Pour une première journée à La Grave, surtout si vous partez avec un guide, la voiture reste à ce jour la solution la plus simple et la plus réaliste.

Une journée type à La Grave en partant de Serre Chevalier

Voici à quoi ressemble, concrètement, une journée « classique » pour un bon skieur basé à Serre Chevalier.

7 h 30 – 8 h : départ de votre hébergement à Serre Chevalier. Petit-déj solide, matériel déjà prêt depuis la veille (on y revient plus bas).

8 h 30 – 9 h : arrivée à La Grave. Achat du forfait journée au téléphérique. Si vous êtes avec un guide, check matos collectif (cordes, matos glacier si vous prévoyez des variantes plus engagées).

9 h – 9 h 15 : montée dans la première ou deuxième benne. En deux tronçons, vous atteignez le téléphérique supérieur (3 200 m environ). Déjà, la vue sur La Meije remet les idées en place.

Matinée : un ou deux grands runs dans les Vallons de la Meije ou sur le secteur Chancel, selon les conditions :

  • dénivelé typique : 2 000 m ou presque par descente,
  • durée d’un run : entre 45 minutes et 1 h 30 selon le groupe, la neige et les pauses.

Déjeuner : selon l’itinéraire, soit en bas à La Grave (snacks, restos simples mais efficaces), soit rapide en mode pique-nique si les conditions sont trop bonnes pour perdre du temps en salle.

Après-midi : encore un ou deux runs, parfois avec une variante légèrement différente (autre vallée, autre passage en forêt, etc.). En général, trois gros runs dans la journée, c’est déjà une belle journée pour un groupe correct mais « normal ». Quatre, c’est pour les très bons, très efficaces, dans des conditions optimales.

16 h – 16 h 30 : dernier retour à La Grave, petit débrief, boisson chaude (ou bière) sur la terrasse en face du téléphérique.

17 h – 18 h : retour en voiture à Serre Chevalier, douche chaude, jambes un peu lourdes, sourire assez large.

Quels itinéraires skier à La Grave pour une première fois ?

À La Grave, on ne parle pas de « pistes », mais de grands itinéraires. Deux secteurs sont généralement privilégiés pour une découverte, en fonction des conditions et de votre niveau.

Les Vallons de la Meije : la grande classique

C’est l’itinéraire emblématique, côté glacier.

Caractéristiques :

  • Départ : secteur du téléphérique supérieur, autour de 3 200 m.
  • Arrivée : retour à la station, ou parfois plus bas selon l’enneigement.
  • Dénivelé : environ 2 000 m d’un seul tenant.

Terrain :

  • Grandes pentes, vallons larges, sensation d’espace, passages plus raides par endroits.
  • Exposition au risque d’avalanche réelle : ce n’est pas un hors-piste anodin.
  • Orientation variable selon la ligne choisie, ce qui permet de jouer avec la qualité de neige… quand on connaît le terrain.

En conditions correctes, un bon skieur à l’aise en poudre et en neige transformée peut s’y faire très plaisir, surtout encadré par un guide qui adapte la ligne.

Le secteur Chancel : variantes, forêts et ambiance différente

En descendant côté Chancel, on bascule sur des itinéraires qui offrent :

  • des terrains variés : combes, couloirs plus marqués, traversées, passages en forêt,
  • des vues très jolies sur le lac du Chambon (quand il est là),
  • un retour parfois plus technique selon l’enneigement.

C’est un bon complément aux Vallons pour une journée où l’on veut varier l’ambiance. Mais là encore, ce n’est pas un terrain d’improvisation.

À noter : au fil de la saison, l’enneigement sur le bas peut devenir délicat, avec des passages étroits, cailloux, ou sections à pied. C’est un paramètre à discuter avec votre guide le matin.

Sécurité : impératif, pas optionnel

La Grave est vendue partout comme un « paradis du freeride ». C’est vrai. Mais comme tous les paradis hors-piste, il a ses règles. Pour un départ depuis Serre Chevalier, il faut intégrer la sécurité dès la phase d’organisation.

Guide ou pas guide ?

Pour une première fois, ou si vous ne connaissez pas parfaitement les lieux, la réponse est simple : oui, guide.

Un guide de haute montagne ou un moniteur spécialisé :

  • évalue les conditions nivologiques avant et pendant la journée,
  • choisit les itinéraires adaptés à votre niveau réel (pas celui que vous annoncez après l’apéro),
  • gère les horaires pour ne pas se retrouver sur une pente chaude à 14 h par risque marqué,
  • en cas de problème, sait réagir rapidement, alerter, secourir.

Si vous êtes en séjour à Serre Chevalier, vous pouvez :

  • passer par les bureaux des guides de Serre Chevalier, qui organisent régulièrement des sorties à La Grave,
  • réserver une journée « hors-piste La Grave » en amont, surtout en période de vacances ou après une grosse chute de neige.

Matériel de sécurité indispensable

Chaque personne du groupe doit être équipée au minimum :

  • d’un DVA (détecteur de victime d’avalanche), fonctionnel, avec piles neuves,
  • d’une pelle métallique,
  • d’une sonde de longueur suffisante.

À cela s’ajoutent fortement recommandés :

  • un sac airbag (si vous êtes habitué à son usage),
  • un casque,
  • un téléphone chargé, avec numéros de secours enregistrés.

Et, évidemment, savoir se servir de ce matériel. Si ce n’est pas le cas, optez pour une sortie guidée où vous pourrez, au passage, réviser les bases.

Quel est le bon moment de la saison pour aller à La Grave ?

La Grave n’a pas le même visage en janvier, en mars ou en avril. Pour une escapade depuis Serre Chevalier, je recommande d’éviter de viser une date trop longtemps à l’avance, et plutôt de rester flexible dans votre semaine.

En très résumé :

  • Janvier – début février : souvent froid, jours plus courts, neige parfois très bonne, mais conditions météo plus capricieuses. Très bien pour les solides skieurs avec guide.
  • Fin février – mars : compromis intéressant. Journées plus longues, neige souvent encore très bonne, mais attention aux risques d’avalanche après les gros redoux.
  • Avril : très belles journées possibles en neige de printemps, surtout le matin. On joue alors davantage avec les orientations et les horaires pour profiter de la « moquette » sans tomber dans la soupe.

Dans tous les cas, anticipez :

  • en surveillant le bulletin neige / avalanche les jours précédents,
  • en prévoyant une alternative à Serre Chevalier si le Lautaret ferme ou si les conditions sont mauvaises.

Budget : combien coûte une journée La Grave depuis Serre Chevalier ?

Les tarifs évoluent chaque saison, mais on peut donner des ordres de grandeur pour une journée :

  • Forfait journée La Grave : généralement un peu plus cher qu’un forfait journée Serre Chevalier, mais dans des ordres de prix comparables à une grande station alpine.
  • Guide (journée) : comptez un budget par groupe, à partager. Selon le professionnel, la saison, la taille du groupe (limité pour des raisons de sécurité), on se situe souvent dans une fourchette de prix cohérente avec une journée de haute montagne engagée.
  • Transport : carburant et éventuels péages inexistants ici, mais prévoyez le budget essence pour l’aller-retour par le Lautaret.
  • Location de matériel de sécurité : si vous n’avez pas DVA, pelle, sonde, il est possible de louer à Serre Chevalier ou à La Grave. Ajoutez ce poste si nécessaire.

En pratique, pour un groupe de 4 bons skieurs déjà équipés, la journée à La Grave avec guide représente un extra budget non négligeable par rapport à une journée classique à Serre Chevalier, mais l’expérience n’a rien à voir. C’est plutôt le genre de journée « cerise sur le gâteau » d’un séjour.

Comment intégrer La Grave dans un séjour à Serre Chevalier ?

Plutôt que de viser à tout prix La Grave dès le premier jour, l’idéal est de caler cette escapade au bon moment de votre semaine ou de votre séjour.

Stratégie simple :

  • Jours 1–2 : ski à Serre Chevalier, prise en main, test du niveau du groupe, repérage de la neige et des conditions.
  • Jour 3–4 : regard sur le bulletin météo / avalanche. Si une fenêtre favorable se présente, c’est là qu’on cale La Grave.
  • Derniers jours : re-ski à Serre Chevalier, éventuellement une demi-journée plus tranquille pour laisser les jambes récupérer.

Cette approche permet :

  • d’éviter de se lancer à La Grave avec des jambes encore « rouillées »,
  • d’adapter la journée à la meilleure météo possible,
  • de garder une solution de repli simple si la route ou les conditions posent problème (retour sur un bon hors-piste encadré à Serre Chevalier, par exemple).

Plan B : quand La Grave n’est pas jouable

Il y a des journées où, même avec la meilleure volonté du monde, La Grave n’est pas une bonne idée : risque d’avalanches trop élevé, vent tempétueux, visibilité nulle, ou col du Lautaret fermé.

Depuis Serre Chevalier, le plan B n’est pas une punition, loin de là. Vous pouvez :

  • explorer les hors-pistes encadrés côté Cucumelle, Yret ou Prorel,
  • partir sur une journée rando / freerando plus abritée,
  • ou simplement profiter des forêts de Serre Chevalier par mauvais temps.

L’idée, c’est de garder La Grave comme un bonus, pas comme un objectif absolu qui vous pousserait à sortir dans de mauvaises conditions « parce qu’on a dit qu’on y allait ».

En résumé : une escapade à préparer comme une vraie journée de haute montagne

Skier à La Grave depuis Serre Chevalier, c’est totalement faisable sur une journée, à condition d’accepter trois choses :

  • ce n’est pas de la station « classique » mais bien de la haute montagne hors-piste,
  • l’organisation (horaires, matériel, sécurité, météo) fait partie intégrante de la journée,
  • un guide n’est pas un luxe, mais souvent la clé pour transformer un fantasme en vraie belle expérience.

En partant tôt de Serre Chevalier, en visant deux à trois grands runs bien choisis plutôt qu’un marathon de bennes, et en restant humble face au terrain, vous aurez toutes les cartes en main pour vivre cette fameuse journée à La Grave dont on reparle longtemps au retour… souvent autour d’une bière, les quadriceps qui brûlent encore un peu.