À Serre Chevalier, le bike park, ce n’est pas juste “le ski sans neige”. C’est un terrain de jeu à part entière, avec de vrais choix à faire selon votre niveau, votre forme du moment… et votre tolérance aux racines humides. Dans cet article, je vous détaille les parcours, les niveaux, et tout ce qu’il faut savoir pour rouler en sécurité, que vous veniez en famille ou entre riders déjà bien accrochés au guidon.
Accès au bike park : où, quand, comment ?
Le bike park de Serre Chevalier se développe principalement sur les versants de Chantemerle, Villeneuve et Monêtier, avec des remontées mécaniques ouvertes en été (et selon les périodes au printemps/automne, suivant l’enneigement et les travaux).
En pratique, pour une journée de ride typique :
- Chantemerle : télécabine Ratier + télésiège Croix de la Nore. Accès rapide aux pistes ludiques et aux tracés plus engagés.
- Villeneuve (La Salle-les-Alpes) : télécabine de Fréjus. Bon compromis pour débuter et enchaîner plusieurs descentes variées.
- Le Monêtier-les-Bains : plus tranquille, avec des itinéraires souvent un peu moins fréquentés et des vues dégagées sur les Ecrins.
Pour les horaires et les jours d’ouverture, ça change chaque saison, parfois même en cours d’été en fonction des conditions : vérifiez systématiquement les infos actualisées sur le site de Serre Chevalier Vallée Briançon ou à l’office de tourisme avant de planifier votre journée.
Côté durée, comptez :
- Demi-journée (3–4h effectives de ride) : parfait pour une première découverte ou avec des enfants.
- Journée complète : entre 6 et 10 descentes selon votre forme, votre technique et le temps passé aux pauses/photos.
Les types de pistes : du vert facile au noir engagé
Le balisage est le même qu’en ski : vert, bleu, rouge, noir. Ça paraît évident, mais on voit chaque été des gens qui sautent une étape… et le regrettent au bout de trois virages. Voici ce que ça signifie concrètement sur le terrain.
Pistes vertes : pour débuter sans se faire peur
- Pentes douces, larges virages, peu de racines ou de cailloux.
- Idéales pour une première expérience de descente avec les enfants (à partir de 8–10 ans avec un VTT adapté).
- On peut descendre à faible vitesse sans gêner le flux, à condition de rester bien à droite et de laisser passer les plus rapides.
Pistes bleues : ludiques, mais déjà “vraies” pistes de descente
- Pentes modérées mais soutenues, enchaînements de virages relevés, petites bosses.
- Demande de savoir freiner proprement (avant/arrière) et de se placer dans les virages.
- Très adaptées aux riders qui ont déjà roulé du VTT en montagne ou en forêt et qui veulent “goûter” au bike park sans passer direct au rouge.
Pistes rouges : rythme soutenu, technique qui se corse
- Pentes plus fortes, passages plus rapides, sections avec racines, dalles, compressions.
- Des sauts et modules souvent présents, mais généralement shuntables (contournables) si on préfère rester au sol.
- Pour riders déjà à l’aise en bleu, capables de garder une bonne position sur le vélo et de lire le terrain à l’avance.
Pistes noires : à réserver aux pratiquants confirmés
- Forts pourcentages, enchaînement de sections techniques, appuis marqués, sauts parfois obligatoires.
- Terrain plus défoncé, ornières, racines humides à l’ombre, changements de grip fréquents.
- Nécessite une expérience solide en descente ou enduro, un bon matériel et une bonne gestion de la fatigue.
En complément des pistes de descente “pures”, vous trouverez aussi des itinéraires enduro/all-mountain qui mélangent portions en remontées mécaniques et courtes montées à la pédale. Ceux-là sont parfaits pour ceux qui aiment rouler “en mode rando musclée” avec un VTT tout suspendu ou un VTTAE.
Quel parcours pour quel niveau ?
Passons au concret : que faire si vous venez pour une première fois, avec des enfants, ou si vous êtes déjà bien mordu de VTT ? Voici une trame réaliste selon les profils.
Familles et grands débutants
- Démarrez par une ou deux descentes sur piste verte depuis Chantemerle ou Villeneuve.
- Objectif : prendre en main le vélo, comprendre la position de base (debout, fesses décollées de la selle, coudes et genoux légèrement fléchis), tester les freins.
- Si tout le monde est à l’aise, basculez ensuite sur une bleue facile. Si vous sentez que ça commence à stresser, restez en vert, ce n’est pas une course.
Comptez environ :
- 20 à 30 minutes pour une descente verte avec enfants (y compris petites pauses).
- 15 à 20 minutes pour une bleue en roulant tranquille.
Intermédiaires : déjà un peu de pratique, envie de progresser
- Échauffez-vous sur 1–2 pistes bleues pour vous mettre dans le rythme.
- Ensuite, alternez bleues rapides et rouges accessibles, en repérant les zones qui vous posent problème (virages serrés, passages raides, petits sauts).
- N’hésitez pas à refaire deux fois la même piste : on progresse vite en connaissant le tracé.
Sur une journée complète, un rider intermédiaire motivé peut enchaîner :
- 3–4 descentes le matin (bleues principalement).
- 3–5 descentes l’après-midi (bleues rapides et quelques rouges), en gardant à l’esprit que la fatigue augmente le risque de chute.
Riders confirmés et habitués du bike park
- Vous pouvez attaquer assez vite en rouge, voire en noir si vous connaissez déjà le secteur et que les conditions sont bonnes.
- Pensez à “lire” la piste une première fois tranquillement si vous découvrez un tracé noir ou un nouveau module (saut, step-up, passerelle, etc.).
- Si vous roulez en groupe, mettez en place des points d’arrêt clairement définis pour éviter de vous retrouver à l’arrêt en plein milieu d’une réception de saut.
Un rider aguerri peut facilement passer la journée en rouge/noir, mais le piège classique, c’est de vouloir “la dernière descente” à 16h30, quand les bras n’ont plus de force pour tenir le guidon. C’est souvent là que les bêtises arrivent.
Journée type au bike park : exemple concret
Pour vous donner une idée très terre-à-terre, voilà à quoi ressemble une vraie journée sur le bike park pour un pratiquant intermédiaire.
9h30 – 10h00 : montée et première descente d’échauffement
- Récupération du forfait, vérif rapide du vélo (freins, pression des pneus et des suspensions).
- Une première bleue tranquille, sans chercher la vitesse : placement dans les virages, position sur le vélo, repérage du terrain (sec, humide, poussiéreux…).
10h30 – 12h30 : bloc de 2–3 descentes
- On commence à accélérer un peu sur les bleues, on teste un ou deux petits sauts faciles.
- On enchaîne avec une rouge accessible si on est à l’aise.
- Pause boisson régulière, même s’il ne fait pas très chaud – la déshydratation arrive vite avec le masque et le casque intégral.
12h30 – 14h00 : pause déjeuner
- Resto d’altitude ou pique-nique, au choix ; l’essentiel est de faire une vraie pause assise, de retirer casque et protections pour souffler.
- Évitez le combo burger XXL + bière si vous comptez reprendre fort l’après-midi… gardez ça pour la fin de journée.
14h00 – 16h30 : reprises et gestion de la fatigue
- 2–4 descentes selon votre forme : au moindre signe de bras qui tétanisent ou de perte de concentration, on ralentit.
- On peut remettre une ou deux rouges “proprement”, mais sans chercher à battre un chrono imaginaire.
- Dernière descente en mode cool sur une bleue que vous connaissez bien : c’est là-dessus que vous terminez la journée, pas sur un noir inconnu.
Matériel : quel vélo et quelles protections ?
Il est possible de louer sur place des VTT de descente ou d’enduro, ainsi que les protections. Si vous venez avec votre matos, voici ce qui est vraiment recommandé pour profiter en toute sécurité.
Le vélo
- VTT tout suspendu (avant + arrière) fortement conseillé, avec un débattement d’au moins 140–150 mm pour un usage “loisir” sur pistes vertes/bleues.
- Pour les rouges/noires, un vélo de descente ou d’enduro plus costaud apporte un vrai confort et plus de marge en sécurité.
- Freins à disque hydrauliques indispensables, avec des plaquettes en bon état. En montagne, c’est ce qui vous arrête. Littéralement.
Les protections indispensables
- Casque intégral ou au minimum un casque bien couvrant pour les pistes faciles.
- Gants longs pour la protection des mains et une meilleure tenue du guidon.
- Genouillères (incontournables, même pour débuter).
- Coudières fortement recommandées si vous prévoyez de rouler bleu/rouge.
- Protection dorsale ou gilet intégral pour ceux qui attaquent vraiment.
- Lunettes ou masque pour protéger des projections, des cailloux et de la poussière.
Côté tenue, évitez le short trop léger façon balade au bord de la mer. Un pantalon ou short renforcé, un maillot à manches longues et des chaussures fermées type VTT ou baskets à semelle rigide font une vraie différence en cas de glissade.
Rider en sécurité : règles de base à ne pas zapper
On n’est pas sur un terrain de jeu “sans risques”. Le bike park est balisé, entretenu, mais le VTT de descente reste une activité engageante. Quelques principes simples réduisent énormément la casse.
1. Choisir une piste adaptée à son niveau
- Rester humble : si vous hésitez entre deux niveaux, prenez la plus facile.
- Ne suivez pas aveuglément un ami “plus fort” en rouge ou en noir : chacun son rythme, chacun sa piste.
2. Garder des distances de sécurité
- Éviter de rouler roue dans roue, surtout en descente : si le rider de devant chute, vous êtes dedans.
- Se fixer des points de regroupement hors de la piste, sur les côtés ou dans les zones dégagées prévues à cet effet.
3. Ne jamais s’arrêter dans un virage ou derrière une bosse
- Si vous devez vous arrêter, faites-le dans un endroit visible et large, jamais en sortie de virage à l’aveugle.
- Les autres riders ne peuvent pas deviner qu’il y a quelqu’un à l’arrêt derrière une cassure de terrain.
4. Anticiper la fatigue
- Dès que vous sentez les mains ou les avant-bras tétaniser, faites une pause. Tenir le guidon et freiner devient moins précis, et c’est là que vous sortez de la trajectoire.
- N’attendez pas la grosse chute pour décider que “bon, finalement, on va y aller plus calme”.
5. Adapter sa vitesse aux conditions
- Après une averse, certaines sections en sous-bois deviennent de vraies patinoires : racines + pierres mouillées = grip très limité.
- Les fins de journée très sèches, au contraire, voient apparaître de la poussière et des ornières : la lecture du terrain est différente.
Quand venir rider à Serre Chevalier ?
La saison d’ouverture dépend de l’enneigement et des travaux sur les remontées, mais en général, on peut viser :
- Fin juin – début juillet : terrain encore un peu humide le matin, mais moins de monde, bonne période pour progresser en tranquillité.
- Juillet – août : cœur de saison, plus de choix de pistes ouvertes, ambiance très “bike park”, mais plus de fréquence sur les tracés principaux.
- Début septembre (si ouvert) : souvent une excellente période, lumières plus douces, températures agréables, fréquentation qui baisse.
Les meilleures créneaux horaires pour rouler à l’aise :
- Matin (ouverture jusqu’à 11h) : terrain plus frais, bras et jambes en pleine forme.
- Fin d’après-midi (à partir de 15h30/16h, selon l’affluence) : les gros flux sont souvent passés, mais gardez en tête la fatigue accumulée.
Quelques astuces pratiques pour finir
Deux ou trois points que je vois revenir chaque été sur le terrain, et qui peuvent vous éviter quelques galères.
- Tester son matériel la veille : si vous venez avec votre vélo, faites un petit tour tranquille à Briançon ou sur une piste cyclable pour vérifier que tout fonctionne. Mieux vaut découvrir un frein mou en bas de la vallée qu’en haut du télésiège.
- Prévoir un petit kit de base : multi-outil, chambre à air ou mèches tubeless, pompe ou cartouche CO₂. Les réparations majeures se feront en magasin, mais pouvoir repartir après une petite crevaison, c’est appréciable.
- Hydratation : même si vous avez l’impression de “juste descendre”, le corps chauffe. Un sac d’hydratation ou une gourde dans le sac à dos évitent les coups de barre.
- Rouler à deux minimum : pour les parcours un peu isolés ou les journées en rouge/noir, c’est plus sûr. En cas de pépin, un binôme peut prévenir ou aller chercher de l’aide.
- Regarder loin : en VTT de descente, vos yeux sont votre meilleur amortisseur. Si vous fixez la pierre juste devant la roue, vous irez droit dedans. Le regard doit anticiper : deux, trois virages plus loin.
Le bike park de Serre Chevalier est suffisamment varié pour que chacun y trouve son compte : de la première descente en famille aux lignes plus sérieuses pour riders confirmés. En choisissant bien vos pistes, en respectant quelques règles de bon sens et en gardant toujours une petite marge de sécurité, vous pouvez y passer de très belles journées, avec des souvenirs bien accrochés… et, si possible, sans plâtre de souvenir.
